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le petit bout de promontoire de pierre dominant à pic la grève, les rochers noirs, fleuris des tons dorés des goëmons : au loin le phare du Jardin qui est comme le cierge funèbre, veillant de nuit la tombe ; la longue croupe du cap Fréhel, d'un bleu violacé, avec son phare intermittent et blafard ; Cézembre avec sa chapelle en ruines, son fort moderne et ses deux croupes jumelles, entre lesquelles s'ouvre une baie de sable, puis des traînées de roches visibles à mer basse qui semblent former une chaîne continue depuis le Cap Fréhel jusqu'à la pointe Lavarde où une hutte de gabelous semble un oratoire. Très au loin, la silhouette à peine visible des îles Chausey. Tel est l'horizon que le mort peut embrasser de sa tombe. Ce bout de promontoire avec sa plate-forme de granit où est le socle de la tombe et la tombe elle-même, avec sa croix de pierre sans un nom est une espèce de cimetière de la gloire. Il dort là, inconnu, visité de passants dont les propos doivent le faire frémir - mais aussi la merveilleuse, l'incessante, la bruissante chanson des vagues à son chevet d'éternité.-

C'est hier, en me rendant au Casino de Paramé, par le Sillon, puis par la Digue, que j'ai pleinement compris en quoi Châteaubriand est vraiment un fils de St Malo et comment ce pays explique en partie la forme de son large, harmonieux et mélancolique génie.- Une houle infinie accourait des profondeurs calmes, et quoique ce fût une soirée très douce, un de ces beaux soirs tranquilles, la vague déferlait puissamment, heurtait à grands coups sourds les troncs ébranchés des brise-lames et faisait flotter tout le long du parapet de granit les chevelures, les crinières de son écume, ses embruns échevelés.- Et je vis l'ampleur de ce paysage, l'harmonie de cette immense courbe de sable où la mer se déchaîne libre, la fuite du large, l'éternelle sollicitation de l'inconnu, et cette