Fermer
Transcrire
Transcription terminée

74/

le saint Esprit s'est voilé de brume. De la pluie, non, pas précisément, mais le ciel envahi, toute un emmagasinement de nuées uniformément tassées et qui encombrent l'espace, ne laissent pas un coin clair. Une ouate grise immobile, et qui suinte. C'est un pluviotement indéfini et vague. Cela mouille très fort et n'a pas l'air de pleuvoir. Bref, la pluie sournoise, tenace, jésuitique. Tout l'horizon noyé. Une buée imprécise, flottante à la fois et figée. Je vais à Pont-Labbé au lieu de filer comme naguère vers les grands lointains occidentaux. Il est 7 heures du matin et il ne fait ni matin ni soir. Journée neutre, sans sexe, avec toujours cette bruine sans fin. On joue là-bas la Revue de Nicolas. J'ai promis d'aller et je vais. En wagon, je regarde défiler des prés mouillés, des verdures imbibées, toute une nature à forme d'éponge sursaturée.

J'ai l'esprit comme le temps : aucune image précise, aucune idée, aucun désir net. Mais maintenant, fenêtre ouverte, et dans la vitesse, j'ai l'impression du vent et cela me fouette un peu le cerveau. En somme ce temps-là même a son charme. C'est humide et noir, mais très vert aussi, d'un vert embrumé, d'où montent des fraicheurs, des odeurs de choses toutes pénétrées d'eau. Les gares défilent, dans le brouillard. A Pont-Labbé, comme je n'ai pas prévenu, personne ne m'attend et je vais seul, devant moi. Toujours même bruine avec un peu plus de vent qui sent la mer voisine, la grande haleine atlantique. L'étang a comme des rebroussis de lames courtes et heurtées, des écumes, un air jaunâtre et gris sale. Je prends