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matelots de passage ici viennent là faire leur provision d'eau fraîche et remplir leur barillet. Il pleut moins : le vent s'est levé, mais le ciel garde son uniforme teinte d'étoupe salie. Les fileuses de nuages n'ont pas ces jours-ci les doigts propres. Un autre moulin en mer apparaît en face de moi sur l'autre rive. Son étang doit être formé par le ruisseau qui traverse l'étang de Poull-dôn, que longe la voie ferrée. A ma droite est une colline, plantée de pins. Un sentier y monte du halage. Je le prends et me voici sous les arbres presque adultes. Elle a du mystère, cette allée. J'aime les pins : D'abord, ils ont une âme harmonieuse et qui sait des chants très doux, très tristes. Ils conseillent le détachement. Leur verdure éternelle a bien qque chose de funéraire, comme tout ce qui ne se fane jamais, mais elle n'a pas les attitudes sombres et veuves des cyprès, ni non plus les monstrueuses contorsions douloureuses et figées des grands ifs. Elle parle de paix, de pardon, d'oubli, de sérénité. Les voix bruissantes et berceuses, d'harmonie si large, si lointaine, telle qu'une mer entendue de loin en sourdine, endorment doucement la pensée, font taire le cri intérieur, habituent au grand silence définitif. J'aime les pins !