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à ce que l'on m'apprend est la gare. On ne manque point de s'y rendre pour voir arriver et partir le train de 3 heures et le train de huit heures. Après, dans les belles soirées d'été, on va sur le halage, puis on gagne par un chemin sinueux, très propice aux isolements, les allées de Trévennec, en particulier, derrière la ferme, l'allée dite des Soupirs qui se prolonge très loin, verte et ombreuse. Chaque jeune homme ici a sa maîtresse parmi les jeunes filles. Elles ne s'en marient pas moins bien plus tard. Une grande facilité de mœurs, et comme une autre conception de la morale. Une absence de morale plutôt qu'une immoralité. A me rappeler les deux Bigoudenn en deuil vues à la gare. Très graves, un peu dédaigneuses et se tenant à distance, peut-être aussi tenues à l'écart : la grande sœur et la sœur plus jeune : les traits plus accentués et presque durs chez la première, encore baignés d'une douceur d'adolescence chez la seconde. Celle-ci venait de temps à autre s'abriter sous le même parapluie que sa sœur. Elles échangeaient des propos rapides, quasi silencieux, et regardaient, promenaient sur le train leurs yeux très noirs, noirs comme leur costume où le velours régnait.