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à l'ombre d'un des grands ormes. La rivière, la Taff sépare le jardin que Lord Bute abandonne au public du parc private qui est profond et ombreux comme une forêt — que le lord se réserve derrière son admirable château. Cette rivière dont l'eau est absente, retenue en très grande partie par le barrage de Landaff, n'est qu'un vaste lit de cailloux grisâtres où stagnent par places quelques mares d'eau et où tantôt dorment des petits lacs assez profonds. Nous l'avons longée au retour. Et maintenant récapitulons un peu certains événements de la journée. Et d'abord la déconvenue du reporter de l'Eclair (un nommé Duhamel de Surville de Balzac — ) à qui Le Goffic avait dit que Lord Castletown était home-ruler et à qui le Lord a répondu qu'il était, au contraire, farouche unioniste, que sans cela il ne se serait pas mis à la tête du mouvement panceltique irlandais, que sa vraie pensée était simplement de permettre à des peuples vivant très isolés de se mieux connaître, de s'enhardir les uns chez les autres et de se sentir moins dépaysés en se retrouvant. D'autre part, une préoccupation d'art, le sentiment que ni la littérature, ni l'esthétique des races races celtiques n'ont dit leur dernier mot, qu'il y a à les susciter, à les provoquer au développement de leurs qualités originales. Au fond, tous ces gens sont très anglais et ils ont raison, et ils ne sont nullement utopistes. C'est bien ainsi que je comprends les choses. D'ailleurs, il était facile de voir qu'en somme nous étions ici des étrangers.. Et puis, à vrai dire, ils ont encore ici la superstition du titre. La preuve, c'est l'accueil fait au Marquis de l'Estourbeillon et au Comte de Tressan. Nous autres, sauf Jaffrennou, ns n'étions que de menus personnages, du fretin sans importance. Cependant la cérémonie au milieu de ce grand concours de peuple, ds l'intérieur du cercle celtique n'aurait pas manqué d'une certaine grandeur, si tout cela n'avait eu l'air