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Jeudi - 24 août, 1899.

Nous quittons Vannes à 7 heures sous le plus chatoyant soleil, à bord du vapeur Emile Solacroup. A l'avant est groupée la musique du pénitencier marin de Belle-Isle que le Directeur, avec l'autorisation du préfet, nous a envoyée hier et qui nous accompagne de ses pas redoublés, de temps à autre, le long de la route. Ils portent, tous ces enfants et ces adolescents, l'inscription : Colonie maritime, sur la bande noire de leur casquette blanche. Maintenant, ns glissons entre les deux berges du canal. Mais presque aussitôt, la rivière s'élargit. L'eau roule en larges volutes vertes, ourlées d'argent, comme si nous entraînions le flot derrière nous. — Par ailleurs, en avant, c'est le grand miroir calme, à peine frissonnant, comme chauffé à blanc par le soleil qui monte. Nouveau morceau de musique. Le chef, debout à l'avant, rythme de sa baguette, détaché sur le clair ciel blanchâtre. Sur les deux berges plates, est, à gauche, le mur de l'Armor, à droite ancienne palue, au-dessous de l'Hermitage, où furent fusillés les émigrés qui furent exécutés à Vannes. – Devant ns, sur la côte en face, est le village blanc de Cathouarn. A droite, voici l'île de Conlau, avec ses bois de pins, à gauche, en face, fermant le chenal, est la pointe de l'Anglais, qui fait l'étranglement du chenal, avant le Golfe. Le chenal ns force à un gd détour. Derrière nous, Vannes, resserré dans le lointain, est délicieux à voir. La cathédrale se hausse au-dessus des maisons, forme comme une immense vaisseau suspendu. A gauche Séné, le gros bourg de marins, de demi-forbans : on les appelle aussi les Sinagots : leur Escadre du ponant, comme dit M. Mori est au mouillage dans le goulet. Nous passons devant l'embouchure du Vincin, où une escadrille de bateaux de plaisance est à l'ancre. Ns avons franchi le goulet, vu à droite la baie profonde qui sert de refuge aux Sinagots. Et qui donc parle de la Bretagne décolorée ? Tout éclate, au contraire ; un bateau pêcheur passe avec une voile verte et une voile rouge, bordage rouge, traversé d'une raie de blanc. Deux binious et bombarde nous accompagnent. Voici les îles qui surgissent. Le renouvellement perpétuel de ce spectacle. C'est l'éternel Protée que ce Golfe, et combien divin sous cette lumière ! - L'île Logoden flotte comme un radeau de pins : les arbres semblent pousser